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Du franc CFA à l’ECO: Silence on poursuit dans la continuité

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Le Franc CFA avait l’inconvénient pour les pays africains d’être une monnaie sur laquelle il n’avait pas réellement prise. L’ECO, qui va le remplacer, permettra-t-il à ces pays d’être plus indépendants ? Rien n’est moins sûr. Par Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à l’ESLSCA Business School Paris, et Hassan Ben Janena, professeur d’économie à l’ISG de Sousse (Tunisie).

Le 26 décembre 1945, le gouvernement provisoire français du général De Gaulle instituait le bien nommé franc des « Colonies françaises d’Afrique » ou franc CFA. Une monnaie unique destinée à 14 pays africains, lesquels sont répartis en deux groupes : huit Etats de l’Afrique de l’Ouest sous l’autorité financière de la BCEAO et six Etats de l’Afrique centrale sous l’autorité financière de la BEAC. A l’orée de l’indépendance des pays africains et pour calmer bien des susceptibilités, cette monnaie fut en 1958 rebaptisée franc de la « Communauté Financière d’Afrique » pour le premier groupe, et franc de la « Coopération Financière de l’Afrique centrale » pour le second.

Singularités remarquables

Or, cette monnaie présente des singularités assez remarquables. D’une part, le franc CFA disposait d’une parité de change fixe avec le franc français et il en fut ainsi par la suite avec l’euro. D’autre part, cette monnaie est librement convertible. Ainsi, l’émission des francs CFA revient à émettre des francs ou des euros. De facto, la Banque de France est responsable de l’émission et de la gestion de cette monnaie aux côtés de la BCEAO et la BEAC. Si bien que cette gestion tripartite offre aux pays concernés des garanties de stabilité monétaire et une inflation maîtrisée, ce qui facilite un développement économique contrôlé. Le revers de la médaille est que ces pays n’ont aucune prise sur le franc CFA. Ces 14 Etats doivent ainsi déposer 50% de leurs réserves de changes auprès du Trésor français rémunérés à un taux sans risque. En cas de déficit budgétaire d’un pays, ce dernier peut lui avancer jusqu’à l’équivalent de 20% de ses recettes fiscales. Au-delà, il doit, seul, faire face à ses difficultés. Ne disposant pas de réserves en devises suffisantes auprès du Trésor français, toute dévaluation du franc CFA par les pays membres pour relancer leur économie est quasiment impossible. En revanche, en cas de dévaluation du franc (maintenant de l’euro) par la France (maintenant la zone euro), le franc CFA se trouve automatiquement dévalué, en dehors de toute concertation avec les pays concernés. C’est pourquoi, cette situation, du reste unique au monde, pousse, par prudence, ces pays à ne s’endetter qu’auprès du Trésor français ou de l’Agence française du développement. Par ailleurs, les prix des produits français (européens) sont quasiment stables et présentent ainsi un avantage comparatif certain.

De la Françafrique à l’Europafrique?

Sursaut d’amour propre ? Influence du FMI qui incite à la dévaluation ? Les pays de la zone CFA ont décidé de changer de monnaie à l’horizon 2020 par substitution de l’ECO à l’ « antique » franc CFA. Depuis, les critiques italiennes et l’adoption de la monnaie chinoise par l’Angola ont, entre autres, convaincu les autorités françaises d’un changement de paradigme en Afrique. Toutefois, bien que certains pays, comme le Nigéria ou le Ghana, aient manifesté de l’intérêt pour cette nouvelle monnaie, la question de sa stabilité et donc de sa fiabilité demeure entière. Certes, il n’est plus question d’en déposer 50% auprès du Trésor français, mais ces réserves de change doivent l’être en actifs financiers dans la zone Euro. De la même manière, l’impression de l’ECO devra avoir lieu en Afrique (ce qui annonce aussi des difficultés) mais son indexation sur l’Euro, du moins dans un premier temps, rendra encore présentes les autorités monétaires européennes dans les « affaires » africaines. Autrement, on risque d’assister au passage de la Françafrique à l’Europafrique. Une continuité en réalité.closevolume_off

Reste donc la question de la détermination des mécanismes à même d’assurer la viabilité de cette monnaie dans une perspective d’indépendance de ces pays souscripteurs vis-à-vis de l’Europe en général et de la France en particulier. Car, n’ayant pas forcément les mêmes politiques macro-économiques, lesdits pays n’auront pas nécessairement les mêmes politiques monétaires. Par ailleurs, l’indexation de l’ECO sur l’euro ne sera pas forcément dans l’intérêt des pays africains. Indexé sur un panier de devises, un régime de change flottant serait ainsi plus adapté au développement de cette région du monde.

Il apparaît donc que l’adoption d’une politique monétaire unique par les pays de la nouvelle zone ECO est un objectif très difficile à atteindre. L’ancrage par rapport à l’euro a encore de beaux jours devant lui, l’Afrique demeurant encore probablement la « chasse gardée » de la France.

[1] Mariem Brahim est enseignante-chercheuse à l’ESLSCA Business School Paris et Hassan Ben Janena est Professeur d’économie à l’ISG de Sousse (Tunisie)

Par Mariem Brahim et Hassan Ben Janena

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