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Léonora Miano : « En Afrique, la France a le pouvoir que les Africains lui laissent »

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Longues nattes piquetées d’argent, robe émeraude fendue, Léonora Miano apparaît, souveraine. Depuis son premier roman publié en 2005, l’écrivaine franco-camerounaise n’en finit pas de démêler les fils noués entre la France et l’Afrique, tapisserie dont elle retourne le motif pour comprendre les nœuds complexes. « Nos deux histoires sont imbriquées ; chacun est entré dans le corps de l’autre et ce lien ne peut être défait sans mutilation mutuelle », assure-t-elle.

Intellectuelle à la pensée vigoureuse, son refus de se voir en victime de l’histoire coloniale prend corps dans une œuvre romanesque riche nourrie de sa double culture. À 46 ans, la rayonnante Léonora sait où est sa place dans le monde. Elle sait de quelles fibres solides car multiples, elle est constituée. À ce moment de sa vie, elle a choisi de changer d’horizon. Je ne peux me plaindre de rien, surtout pas de ma vie en France. Le Femina, puis le Goncourt des lycéens m’ont donné une visibilité importante. N’en déplaise aux Indigènes de la République ou au CRAN qui ont vu en elle une saboteuse de combats, Léonora regarde l’avenir sans ciller. Je vais merveilleusement bien ! Mais j’ai besoin d’Afrique, dit-elle quelques jours avant de s’installer au Togo.

Votre roman « Rouge impératrice » (Grasset) questionne les liens afro-européens sous un prisme inversé. Dans le futur, des Français poussés hors de l’Europe se réfugient à Katopia, continent africain unifié où leur intégration questionne

« C’est une projection. L’Afrique unifiée est une possibilité à la condition qu’elle règle ses comptes avec ses vieux démons. Le fédéralisme tel que je le raconte suppose l’abandon des souverainetés, ce qui n’est pas simple, on le voit avec l’union européenne. Les nations africaines nées de la colonisation sont bien plus récentes. Il n’est pas question de refonder les grands empires d’autrefois, mais de cette mémoire on peut retenir que ces anciennes formations étaient déjà multilingues, multiculturelles. En tout cas, cela m’amusait d’inverser les situations avec des Français réfugiés en Afrique. »

Katopia est dirigé par un chef d’État éclairé conquis par une intellectuelle. C’est la clé d’un pouvoir équilibré ?

« J’ai imaginé un couple archétypal entre Illunga qui a su forger l’unité, et Boya une universitaire tournée vers l’étude de ces populations marginales constituées par les descendants d’ex-colons qui vivent dans la nostalgie du monde créé par leurs pères. Illunga et Boya incarnent l’harmonie féconde entre le masculin et le féminin. Je n’avais jamais écrit de conte de fées. C’était l’occasion ! (Rires). Je voulais restaurer la valeur d’une masculinité positive autour d’un homme bon. »

Et la valeur de relations apaisées avec l’ex-puissance colonisatrice ?

« J’avais envie d’un récit où la guérison est possible malgré une Afrique obsédée par l’histoire coloniale, malgré les meurtrissures. Je propose d’autres représentations du continent. Du côté français, il n’est pas bon de ruminer sa puissance hégémonique passée. Quant aux Africains, il est temps de sortir de la déploration. Ils ont des raisons de se plaindre. Néanmoins chacun est maître de son destin. En Afrique, la France a le pouvoir que les Africains lui laissent. »

Propos recueillis par Andrew Fosta

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