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Nouvelle économie: La jeunesse africaine aux avant-postes

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Les performances du secteur des technologies du numérique se présentent aujourd’hui comme une opportunité pour le continent africain de rattraper le retard accumulé dans la construction de son développement. L’explosion du génie créateur des jeunes conforte dans l’idée que l’Afrique rame dans le sens du courant.

Toutes les projections prédisent à l’Afrique une population de près de 2 milliards d’habitants à l’horizon 2050. Les grandes possibilités offertes par le numérique permettent aux acteurs économiques et politiques de penser dès aujourd’hui à l’amélioration des conditions de vie de cet important bassin démographique le moment venu. C’est l’objectif que s’est fixé un groupe de jeunes chercheurs sud-africains, membres de l’African Institute of Mathematical Sciences (AIMS), en créant en 2013, l’Initiative Next Einstein Forum pour valoriser le génie et l’inventivité des jeunes chercheurs et scientifiques africains.

Les afropreneurs ont le pied à l’étrier

Organisées à Dakar au Sénégal en 2016, les premières rencontres de cette plateforme soulignent l’engagement des 80 pays invités à augmenter les investissements dans les sciences et la technologie en vue d’atteindre 0,7% du Produit Intérieur Brut (PIB) d’ici 2020 et créer un fonds continental de recherche et de développement. Ce faisant, l’initiateur de Next Einstein Forum, le Sud-africain Neil Turok, croit fermement que le prochain Einstein pourrait être originaire de l’Afrique.  Cela semble ne pas être une vue de l’esprit.

En effet, cet idéal guide au quotidien les jeunes Africains mordus par le virus du numérique au service du développement. De Dakar à Nairobi, on les surnomme des afropreneurs pour désigner cette génération de jeunes qui ont en commun l’ambition de transformer le numérique en outil de développement du continent africain. Dans ce cadre, le Sénégalais Karim Sy fonde Jokko Labs en 2010. Celui-ci définit ce projet comme un espace virtuel pour la transformation sociale basée sur une communauté d’entrepreneurs et un réseau de centres d’innovation. À côté, son compatriote Ousseynou Khadim Bèye, jeune entrepreneur numérique, met sur pied la start-up Agendakar (premier portail web culturel de Dakar). Celle-ci repose sur un jeu vidéo pour smartphone qui a pour ambition d’alerter le grand public sur le triste sort de nombreux talibés, ces élèves des écoles coraniques exploités et réduits à la mendicité dans les coins et recoins de la capitale sénégalaise.

En Afrique de l’Est, les jeunes font aussi bouger les lignes dans le secteur du numérique. Le jeune ingénieur, Samuel Gikandi, renonce à une belle carrière dans la finance aux Etats-Unis d’Amérique et à Hong Kong pour revenir au pays, après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur en informatique au prestigieux Massachussetts Institute of Technology.  Depuis 2012, il met en place des systèmes logiciels entièrement nouveaux qui conduisent à la création de la place Africa’s Talking. Cette plateforme en ligne permet aux entreprises qui conçoivent des applications de créer un compte pour avoir immédiatement accès aux opérateurs et services mobiles de nombreux pays.

Devise : servir son pays

Au quotidien donc, ces entreprises peuvent promouvoir leurs activités au moyen de divers outils, dont les SMS, les systèmes de paiement ou les services voix. La plus-value ici est que ces entreprises peuvent satisfaire aux exigences réglementaires en moins de 15 minutes, contre plusieurs mois auparavant. L’avenir est donc plein de promesses pour le projet de Samuel Gikandi. En effet, depuis 2012, Africa’s Talking est passée d’une petite équipe de cinq personnes travaillant dans un seul pays et avec un seul opérateur de services mobiles, à un effectif de plus de 60 personnes qui gèrent plus de 17 000 comptes de développeurs et un réseau de 20 opérateurs. Elle est aujourd’hui présente dans six pays d’Afrique : Kenya, Malawi, Nigéria, Ouganda, Rwanda et Tanzanie.

Sur le même plan, la jeune Guinéenne Fadima Diawara se fixe l’objectif de rivaliser avec les géants du téléphone mobile. Avant 2020, elle rêve de conquérir le marché africain avec son nouveau smartphone Kunfabo – « être en contact » en Malinke, singulier du fait de ses applications 100% africaines. Avec un prix affiché de 100 euros, Kunfabo devrait concurrencer les géants du low cost sur le marché africain, à l’instar du hongkongais Infinix Hot et du chinois Tecno. Par ailleurs, elle pourra se démarquer en intégrant des applications préinstallées purement africaines, comme Dikalo, le « WhatsApp africain », et une application de géolocalisation créée en Guinée qui, selon la fondatrice, répondront aux besoins des Africains qui vivent sur le continent. Fadima Diawara aura investi plus de 100 000 euros dans le projet en fonds propres, avec l’aide du Fonds de financement Business Angels.

Des financements publics attendus

Dans cette mouvance, il devient évident que l’Afrique voit émerger de nouvelles forces économiques à travers le secteur digital qui, couplé à la croissance des investissements directs étrangers, devrait augmenter ses performances. Selon le rapport GSMA 2018 sur l’économie numérique africaine, les technologies mobiles ont contribué à hauteur de 7,1% du PIB de l’Afrique subsaharienne, soit 110 milliards de dollars. L’écosystème de l’économie mobile soutenait en 2017 près de 3 millions d’emplois, et contribuait au financement du secteur public à hauteur de 14 milliards de dollars.

Cependant, les politiques de financement des projets numériques des jeunes Africains ne sont pas toujours visibles au niveau des États. Les jeunes afropreneurs se trouvent dans l’obligation de mobiliser des fonds propres pour mener à bien leurs activités. De ce point de vue, qu’il s’agisse de Silicon Mountain à Buea (Cameroun) où est né Njorku de Churchill Mambe Nanje, l’un des plus grands moteurs de recherche d’emplois en Afrique, du CardioPad, mis au point par le Camerounais Arthur Zang,  qui permet de réaliser des électrocardiogrammes et d’envoyer,  via internet,  les résultats à un cardiologue pour interprétation et prise en charge ou de WaystoCap Local, conçue par le Béninois Niama El Bassunie qui  permet aux petites et moyennes entreprises béninoises de sortir progressivement de l’informel pour  le formel, l’impulsion financière  des États africains n’est guère perceptible. Pourtant, ces initiatives constituent des leviers de création d’emplois et de promotion de l’auto-emploi en milieu jeunes.

Il serait donc opportun, pour inverser la tendance et encourager les jeunes acteurs de la nouvelle économie, d’engager les gouvernements africains à consacrer un taux raisonnable de leur PIB au financement des projets numériques montés par les jeunes, et d’inciter les partenaires à orienter un pan des investissements directs étrangers sur le continent vers les projets numériques qui pourront incontestablement transformer l’avenir de l’Afrique.

Par Jean-Mathias KOUEMEKO

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